La France est une démocratie

« Et si ça ne vous convient pas, vous n’avez qu’à aller vivre en Corée du Nord ! ». Soit ! Qui préférerait la Corée du Nord à la France ? Mais n’y a-t-il rien d’autre que la démocratie française telle qu’elle est et le régime nord-coréen ? Ce genre de remarque n’est-elle pas une invitation au statu quo ? « On est en démocratie », donc surtout on ne change rien, on s’accommode de ce qui existe.

Il ne s’agira pas de dire, évidemment, que la France est une dictature, mais qu’elle peut être plus démocratique qu’elle ne l’est.

Critiquer la démocrate telle qu’elle est, ce n’est pas être contre la démocratie mais pour son élargissement.

La critique de la démocratie, telle qu’elle est, est légitime et nécessaire.

La démocratie française s’est construite par élargissements successifs. « On est en démocratie » aujourd’hui parce que des hommes ont refusé hier ce qu’on appelait alors « démocratie ». Le visage de notre démocratie doit presque tout à celles et ceux qui ont lutté pour son élargissement. Le principe démocratique le plus simple, « un homme, une voix », a mis plus d’un siècle à s’imposer.

1/ Le suffrage a d’abord été censitaire. Seuls les riches propriétaires pouvaient voter. L’immense majorité du peuple était alors exclue de l’élection. Et le sens commun libéral de l’époque ne manquait pas d’arguments : les ouvriers sont trop stupides, ils sont incapables de considérer le bien commun, etc. Les ouvriers se sont battus contre cette démocratie étriquée. La lutte n’était-elle pas justifiée ? 2/ Universel, le suffrage resta longtemps masculin. Les femmes ont refusé par la lutte cette démocratie, c’est-à-dire la démocratie masculine ! Ce refus n’était-il pas légitime ? Ces femmes devaient-elles se contenter de ce qu’elles avaient ? 3/ Enfin dans certains pays occidentaux, « suffrage universel » a d’abord signifié « suffrage des Blancs » ! Là encore, les Noirs (entre autres) ont-ils eu tort de revendiquer un élargissement de la démocratie ? Devaient-ils accepter sans mots dire l’ordre politique des Blancs ?

On aimerait savoir comment se seraient positionnés hier ceux qui aujourd’hui s’opposent à l’élargissement de la démocratie (car, paraît-il, « trop de démocratie tue la démocratie »).

Une fois qu’ils ont voté, les citoyens ne décident plus de rien et n’ont aucun moyen de contrôler leurs représentants.

Déjà en 1762, Rousseau écrivait : « Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien » .

Il ne s’agit pas forcément de vouloir une démocratie directe ou un référendum pour chaque loi votée ; il s’agit plus modestement d’envisager quelques procédures de contrôle obligeant l’élu à rendre des comptes à ses électeurs ou d’envisager de nouveaux lieux de participations citoyennes. Il faut sortir de la logique du tout ou rien. Le choix n’est pas entre l’absence de participation actuelle ou la dissolution pure et simple des instances représentatives ; l’absence de contrôle ou la soumission du représentant à l’électeur. Il s’agit de démocratiser les institutions existantes et non de les supprimer.

On pourrait envisager par exemple la mise en place d’un vote de confiance au cours de la mandature des députés. En deçà de 40% d’opinions favorables, on pourrait demander sa révocation.

L’origine sociale des représentants du peuple ne correspond pas à la diversité sociale du pays.

C’est aujourd’hui une banalité de le dire. Le monde des professionnels de la politique est de plus en plus éloigné des citoyens. Il y a un homme politique type : un homme, entre 50 et 60 ans, issu des classes supérieures (78,8% des députés appartiennent à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures). Dans le monde politique, il y a beaucoup moins de femmes (18,5%) que dans la population ; même si l’écart diminue, il ne sera comblé que dans 25 ans (si l’évolution suit le cours actuel). Il y a aussi, dans ce monde, de moins en moins d’ouvriers (aujourd’hui: 1 ouvrier sur 577 députés) et d’employés ; ils n’ont jamais été aussi peu à l’Assemblée depuis un siècle (quand leur nombre dans la population est à peu près fixe depuis 30 ans) ! Il y a évidemment beaucoup moins de jeunes, beaucoup moins de représentants des minorités .

Mais s’agit-il de dire qu’il faut une femme pour défendre les femmes à l’Assemblée ou un jeune pour défendre les jeunes? En France, le représentant est censé viser l’intérêt général et non l’intérêt d’un groupe particulier ! Mais on peut retourner l’argument aux actuels députés ; appartenant tous à la même minorité, ne risquent-ils pas de faire la politique à partir du point de vue particulier de leur groupe ?

Faut-il alors introduire des quotas (comme cela a été fait pour la parité homme/femme) ? Peut-être pas ! Il existe une vieille procédure démocratique aujourd’hui tombée en désuétude (sauf pour désigner les jurys d’assise) : le tirage au sort.

L’élection n’a pas toujours été synonyme de démocratie. Dans l’Antiquité, on la considérait comme dangereuse pour la démocratie : on lui préférait le tirage au sort.

Pour les Grecs de l’Antiquité, l’élection est une procédure aristocratique (elle vise à distinguer une élite). Il n’y a démocratie pour un Grecs que si les citoyens disposent des mêmes chances d’obtenir une charge publique. Or l’élection ne permet pas cette égalité des citoyens. Elle favorise les professionnels de la parole ; ceux qui savent parler en public (par exemple les avocats dont c’est le métier) savent se faire élire. Les citoyens plus modestes (les artisans par exemple) ont peu de chance d’être élu.

La procédure démocratique était le tirage au sort ; car face au sort, nous sommes tous égaux. L’argent et le charisme n’ont alors plus aucun rôle. Tirer au sort nos représentants (sur la base du volontariat), c’est affirmer qu’un citoyen ordinaire peut discuter des affaires publiques (la politique n’est pas une affaire d’experts). De ce fait, les représentants se distingueraient un peu moins des citoyens ordinaires. Mais ne risque-t-on pas alors de désigner des incompétents? Peut-être, mais qui oserait affirmer sérieusement que l’élection nous en préserve?

Là encore, il ne s’agit pas de se passer de la démocratie représentative que nous connaissons. Il s’agit simplement de la compléter. Par exemple:

1- On pourrait envisager le tirage au sort des sénateurs à côté de l’élection des députés.

2- Des expérimentations ont eu lieu aux Etats-Unis. On tire au sort plusieurs centaines de personnes. On les réunit pour débattre sur une question de société et pour proposer quelques solutions. On organise le défraiement des citoyens jusqu’au lieu de délibération, leur remplacement dans leur travail, on leur envoie un dossier contenant des argumentaires contradictoires, on leur présente des spécialistes de la question, des responsables de partis politiques, et après deux semaines, ils doivent rendre des conclusions argumentées. On pourrait institutionnaliser cette procédure pour décider tant à l’échelle locale que nationale .

Un Etat, démocratique sur son sol, peut parfaitement être tyrannique dans un pays qu’il colonise ou qu’il domine.

Les grandes démocraties occidentales ont chacune leurs zones d’influence sur la planète, le plus souvent leurs anciennes colonies. La politique qu’elles conduisent dans ces régions n’a souvent rien de démocratique: soutien aux dictateurs, déstabilisation de régimes élus démocratiquement, etc. Les Etats-Unis, par exemple, en Amérique du Sud dans les années 70, participeront indirectement au coup d’Etat contre Allende qui mettra le général Pinochet au pouvoir. Ils soutiendront matériellement au Nicaragua, les milices paramilitaires d’extrême-droite opposées à la victoire démocratique des sandinistes, etc.

L’Etat français, quant à lui, démocratique sur le territoire français, change de visage en Afrique. Il soutient le très sanglant dictateur Idriss Déby au Tchad parce que le Tchad est une zone militairement stratégique qui permet à la France d’accéder à toute l’Afrique centrale, et parce qu’on négocie plus facilement avec un dictateur (on le soustrait par exemple aux enquêtes de l’ONU) qu’avec une assemblée souveraine. Autre exemple. Quand le président du Congo-Brazzaville, Patrice Lissouba (élu démocratiquement), décide d’augmenter les taxes pour l’exploitation du pétrole, le groupe Elf, lié à l’Etat français, entreprend d’armer les anciens rivaux du nouveau président, plongeant le pays dans la guerre civile .

Un Etat n’est donc réellement démocratique que s’il engage des relations démocratiques avec les autres pays. Il s’agit au moins de respecter la souveraineté des pays démocratiques.

ARENE

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